Histoire du village
Passa (en catalan Paçà) aurait pour origine " passus " : le lieu ou l’on passe, le pas, la marche. En effet, durant la période romaine, le chemin reliant la Narbonnaise à la Tarragonaise passait aux abords du village actuel.
Il fut emprunté par Annibal, puis, plus tard par Charlemagne qui emprunta cette voie à son retour de la bataille de Panissar où il combattit les arabes en juin de l’an 785.
Ce fut à cette même époque, au mois de juin, qu’il arrêta ses troupes à deux lieues du village de Passa. Les soldats assoiffés cherchaient en vain une source lorsque l’un d’eux planta son épée dans le sol asséché du lit de la rivière. De l’eau en jaillit et tous purent se désaltérer.
Pour marquer sa reconnaissance, l’empereur demanda qu’une chapelle soit érigée à cet endroit. Au dire de certains historiens du siècle dernier, ce lieu était l’emplacement d’une villa romaine du nom de Pacianus.
Les premières mentions connues du lieu de Passa remontent au début du 9ème siècle. On trouve dans les archives un acte de vente daté de l’an 801.
En 876, un autre texte fait mention d’une vente de terre sur le territoire.
L'église, dédiée à Saint Pierre, et son cimetière étaient situés à environ 300 mètres au sud du village. Sa première citation remonte à l’an 899. Le village, situé sur une butte dominant les environs, était constitué de quelques maisons regroupées au sein d’une ceinture de muraille de défense, le castrum.
Sur l’ancienne voie romaine, qui allait de Francia à Iberica, se trouve la chapelle Saint Luc de Puig Rodon, citée en 1031. Cette chapelle est connue dans l’histoire de la Catalogne par la bataille du Boulou, lors de la Gran Guerra de 1793-1794 qui opposa les Espagnols aux Français.
Le roi d’Espagne Charles IV n’avait pas accepté que la Révolution française guillotina Louis XVI, roi de France, son cousin.
En mars 1793, les troupes espagnoles envahirent la région. Elle fut le théâtre de nombreuses batailles, souvent très meurtrières. La chapelle Saint Luc fut une des cibles, les soldats espagnols y ayant établi un poste de surveillance et de repli. Sous les bombardements répétés, elle fut en partie rasée. Reconstruite en 1848, puis restaurée en 1946, elle fut à nouveau rénovée ces dernières années.
Elle a aujourd’hui retrouvé ses " aplecs " d’antan et reçoit chaque année un pèlerinage, le 18 octobre, jour de la Saint Luc.
Une agriculture de traditions
A l’origine, les terres étaient en partie ensemencées de céréales, une autre partie était dédiée à la pâture des ovins et le reste, sur les hauteurs, couvert de chênes verts dont le bois était destiné au chauffage des habitations et également vendu aux fours à pain de Thuir et de la plaine avoisinante.
Toutefois, un texte de l’an 994 mentionne une église Saint Etienne sur le lieu de " les vinyes " situant déjà un vignoble.
Avant le phylloxera, seules les hauteurs étaient plantées de vignes, la plaine étant consacrée aux céréales ou plantée de garance, plante tinctorielle rouge utilisée pour teinter les pantalons militaires.
Ce fut après les années 1868 que les riches propriétaires, en quête de nouvelles richesses, se mirent à planter le fameux plant américain, supprimant les céréales et utilisant les terres des anciens vignobles des hauteurs, pour y créer des forêts de chênes liège dont le produit se vendait fort cher.
Aujourd’hui, ce sont près de 900 hectares de vigne que l’on trouve sur le territoire de Passa et quelques hectares d’arbres fruitiers
L'église romane Saint Pierre
Elle offre un intéressant mobilier du XVIIe - XVIIIe siècle.
On y trouve aussi une roue à clochettes:
Le département des Pyrénées Orientales en compte près de trente, alors que le reste de la France n’en a que quinze.
Cette roue est en bois de châtaigner, d’un diamètre de 1,12 m et d’une épaisseur de 5,2 cm.
Elle est munie de douze clochettes maintenues par des clous du XIXe siècle. Quatre d’entre elles datent du XVIIe, quatre datent de la seconde moitié du siècle dernier et les autres seraient du XVIIIe siècle.
La chapelle Saint Luc de Puig Rodon du XIVe siècle: (Sant Lluch)
. PROPOS SUR L’ERMITAGE SAINT LUC DE PASSA
Cet édifice, dédié à l’évangéliste St Luc est situé sur le territoire de Passa, approximativement au centre du triangle PASSA - LLAURO - LE BOULOU. L’accès le plus facile (environ 3 km 500 de Passa) est par la départementale 40 entre Passa et Tresserre et le chemin vicinal qui va à Vives et Llauro.
Il est construit au sommet d’une colline (altitude 204 mètres) sur une surface de 10.830 mètres carrés. De ce point culminant exceptionnel on découvre une vue splendide du massif du CANIGOU, à l’opposé, la côte méditerranéenne, au nord la chaîne des Corbières, au sud les Albères et le bas Vallespir.
L’environnement immédiat est un paysage typique des Aspres avec ses vallonnements arides, plantés de vignes, d’oliviers entrecoupés de bois de chênes verts et de chênes lièges. C’est un lieu de calme tranquille… et pourtant la chapelle a été au cours des siècles plusieurs fois détruite.
C’est un des ermitages de notre Roussillon qui a le plus souffert de l’inclémence du temps et de l’ingratitude des hommes. Il a été abandonné pendant 40 ans après la séparation de l’église et de l’état, mais la chapelle s’est toujours relevée grâce à la générosité et aux efforts des habitants de Passa.
Cet ermitage, est bâti sur le point culminant d’une colline et domine les environs sur des dizaines de kilomètres à la ronde. C’était un lieu de pèlerinage non seulement pour les habitants de Passa, mais encore pour ceux des nombreux villages environnants.
La révolution amenant les armées étrangères, le 17 avril 1793, le Général RICARDOS, à la tête d’une armée espagnole, envahit le Roussillon, et s’établit à Céret. Pendant une année, jusqu’au 1er mai 1794, jour de la victoire du Boulou, la chapelle, en raison de son emplacement, sera occupée tantôt par les Espagnols, tantôt par les Français.
En octobre 1793, il s’y livra de violents combats, dont l’enjeu était la merveilleuse position sur laquelle était bâtie la chapelle; la colline porte depuis le nom de « puig de la sang ».
Après cette guerre, il ne resta de la chapelle que des ruines; on avait essayé de sauver au moins la statue du Saint en la cachant dans une métairie voisine, mais cette dernière fut aussi entièrement détruite.
Quand l’ordre fut revenu, les gens de Passa se mirent à réparer les dommages. Ils commencèrent par le plus urgent : l’église paroissiale qui avait beaucoup souffert des évènements. Elle ne gardait plus que le retable du maître-autel, dédié à St Pierre, le St patron de Passa. .
Après l’église, Passa rebâtit la chapelle de St LUC, et, comme cela se produira 100 ans plus tard, les habitants y coopérèrent largement, surtout par le transport des matériaux.
La chapelle tomba une nouvelle fois en ruines. En 1931, il ne restait plus que les murs de la maison de l’ermite; la chapelle était encore couverte, mais le grand et lourd arceau qui supportait la voûte était brisé, menaçant de tomber.
En 1947, la chapelle et le terrain l’environnant retournaient à la paroisse de Passa. Et aussitôt, les travaux commençaient.
Le 2 février 1948, on démolissait les ruines: la toiture s’était effondrée depuis 1931, et les murs étaient lézardés par la foudre qui depuis 1906 s’était abattue plusieurs fois sur la chapelle profanée. Seule subsistait l’abside du maître-autel.
Grâce aux efforts de M. l’abbé Sinfreu, alors curé de Passa, et des paroissiens qui renouvelèrent le geste de leurs ancêtres après la révolution, les travaux de reconstruction furent entrepris.
Depuis 1948, la chapelle a été plus ou moins entretenue. Si le gros œuvre est en bon état, il n’en est pas de même des crépis intérieurs et le mal va en s’aggravant.
Extérieurement par contre, des efforts louables ont été faits pour rectifier le terrain environnant (plus d’un hectare), de débroussaillement, de reboisement (pins parasol).
Les arbres et les arbustes innés ont été conservés en respectant un bon alignement. La voie d’accès était convenable. La fontaine sans entretien a été vite envahie par la végétation et les effondrements de terrain ont fait le reste, à tel point qu’elle était devenue introuvable pour certains et inconnue pour d’autres.
Courant 1987, une association régie par la Loi 1901 s’est constituée et déjà le renouveau a fait son apparition.
Une souscription a été lancée, ce qui a permis de recueillir la somme nécessaire pour la réalisation d’une sculpture en bois de St LUC. Durant l’été une remise en état de l’intérieur de la chapelle lui a donné l’éclat d’antan.
A l’extérieur, l’ancienne maison de l’ermite a été dégagée des pierres et plâtras, elle est devenue une ruine propre; le pourtour direct de l’ermitage a été nivelé et l’ensemble a retrouvé son aspect agréable et hospitalier. La fontaine a été déblayée, nettoyée. Des retenues d’eau faites sur le versant ont permis l’infiltration des eaux pluviales et l’eau a fait son apparition, le niveau variant en fonction de la quantité de pluie tombée.
Amateurs de dépaysement, de sites pittoresques, de panoramas variés, vous serez séduits par la connaissance de ce coin privilégié des Aspres.
Avec tant d’atouts, vous ne regretterez jamais, un détour facile par l’ermitage Saint LUC de Passa.